Qu’est-ce que l’urticaire chronique spontanée (UCS)?

Dernière mise à jour : août 19

L’urticaire chronique spontanée (UCS), souvent appelée aussi urticaire chronique idiopathique (UCI), est le nom d’un certain type d’affection de la peau.[1] Son nom explique bien en quoi elle consiste : [1]

  • Chronique signifie quelque chose qui dure longtemps ou qui survient sans cesse.

  • Spontanée/Idiopathique signifie quelque chose qui survient spontanément et dont la cause est inconnue.

  • Urticaire réfère à des plaques (papules) surélevées généralement entourées d’un anneau rouge. Ces plaques apparaissent puis disparaissent en moins de 24h, et elles sont souvent associées à des démangeaisons et/ou à une sensation de brûlure.

L’urticaire peut aussi se présenter de façon aigue, par exemple suite à l’exposition à certains médicaments, à des infections virales, etc. Assez fréquente, l’urticaire aigue se résorbe en moins de 6 semaines. [1]

Quels sont les symptômes de l’UCS?

Les principaux symptômes sont des démangeaisons et plaques (ou papules) présentes durant au moins 6 semaines. Certaines personnes atteintes d’UCS présentent aussi un angioœdème (enflure de la peau) qui survient autour des yeux, des lèvres, des mains, des pieds et des organes génitaux, ainsi qu’à l’intérieur de la gorge. À noter que ces enflures ne sont pas associées à une réaction allergique/une crise d’anaphylaxie.[1]

À quelle fréquence les symptômes surviennent-ils?

Certaines personnes présentent des symptômes d’UCS tous les jours. D’autres personnes ne présentent des symptômes d’UCS qu’à l’occasion, mais ils persistent durant plus de 6 semaines.[1]

L’UCS est-elle une allergie?

Non, l’UCS n’est pas une allergie. Un changement au niveau de la diète ou des produits de soin personnel n’a pas d’impact sur la maladie.[1]

Qui est atteint d’UCS?

Tout le monde peut être atteint d’UCS (adultes et enfants), et ce, à n’importe quel moment. Cette condition n’est pas reliée au statut socio-économique d’une personne.[2] Cependant des études démontrent que:

  • Elle survient plus fréquemment chez les personnes âgées de 20 à 40 ans

  • Les femmes sont un peu plus susceptibles d’en être atteintes que les hommes

Que sait-on du fardeau de la maladie?

L’UCS est associée à un fardeau significatif dont l’ampleur est sous-estimée. L’UCS est décrite par les patients comme une maladie très angoissante et imprévisible. Les patients rencontrent des difficultés d’ordre professionnel et souffrent de dépression, d’un manque de sommeil, d’épuisement, de douleurs et d’isolement social, ce qui nuit considérablement à leurs capacités fonctionnelles quotidiennes et réduit fortement leur qualité de vie. [1-4] Il a été démontré que les troubles psychiatriques (tel que l’anxiété) sont une comorbidité fréquente de l’UCS, et ils viennent réduire encore davantage la qualité de vie.[3]

Dans une récente étude britannique, des patients qui avaient rempli un questionnaire ont mentionné que l’enflure, les démangeaisons, la douleur, le sentiment de fatigue, d’irritabilité ou de faiblesse, le sentiment de perte de contrôle sur leur propre vie étaient les aspect les plus invalidants de leur condition. [5] Une autre étude a révélé que l’impact de l’UCS sur certains aspects de la qualité de vie, comme l’accomplissement des activités quotidiennes et l’humeur, est également comparable sinon plus marquée que celle du psoriasis et de la dermatite atopique (eczéma), deux affections généralement considérées graves et incapacitantes.[6] Outre les symptômes classiques de l’UCS, les grands facteurs importants aux yeux des patients sont le caractère imprévisible des poussées, le manque de sommeil persistant, la fatigue, le préjudice esthétique et le sentiment de perdre le contrôle de leur vie.[5]

Est-ce une maladie fréquente?

La prévalence de UCS chez l’adulte varie autour de 0,5-1% mais peut aller jusqu’à 2-3% utilisée.[2, 7] Il n’y a aucune étude qui a évalué la prévalence et l’incidence au Canada. Chez la population pédiatrique, il existe peu d’études épidémiologiques mais des données émergentes semblent indiquer un taux semblable à ceux rapportés chez la population adulte soit 0,1-0,3% et jusqu’à 1,8%.[8, 9]

Comment la maladie évolue-t-elle?

En moyenne, les patients atteints d’UCS sont symptomatiques pendant de 1 à 5 ans. La durée de la maladie est néanmoins plus longue dans certains cas, par exemple dans les cas plus sévères ou difficiles à maîtriser, ou encore en présence d’un angioœdème concomitant Généralement, on estime que [10]:

  • 50% des cas d’UCS se résorbent en 6 mois

  • 20% des cas d’UCS se résorbent en 3 ans

  • 20% des cas d’UCS se résorbent entre 5 à 10 ans

  • Moins que 2% des cas d’UCS se résorbent en 25 ans

  • Après une résorption spontanée de l’UCS, plus de 50% des patients présentent au moins une récidive.

Comment peut-on traiter cette maladie?

Les plus récentes lignes directrices internationales sur la définition, classification, diagnostic et gestion de l’urticaire proposent un algorithme de traitement simple en 4 étapes, basé sur les évidences actuellement disponibles. Selon ces lignes directrices, l’objectif du traitement consiste à obtenir une maîtrise complète des symptômes de l’UCS moyennant le moins d’effets secondaires possibles.[1]

La stratégie thérapeutique graduelle débute par l’administration d’un antihistaminiques H1 non sédatif (dit de deuxième génération) administré à dose approuvée. Les antihistaminiques de première génération tel que le diphénhydramine ne sont pas recommandés dus à leurs effets secondaires sur le système nerveux central causant par exemple de la somnolence et des modifications dans les phases du sommeil. Si les symptômes persistent au bout de 2 à 4 semaines, il est recommandé d’augmenter la dose, jusqu’à quadrupler la dose homologuée. [1]

Chez les patients dont les symptômes persistent malgré l’administration d’une dose jusqu’à quatre fois supérieure à la dose approuvée pendant 2 à 4 semaines, les lignes directrices recommandent l’ajout d’un traitement à l’omalizumab, un biologique ciblant les immunoglobulines E (IgE). À partir de cette étape, il est recommandé que les patients soient référés à un médecin spécialiste de l’urticaire pour la prise en charge.[1]  Finalement, si les symptômes ne sont pas adéquatement contrôlés dans les 6 mois suivants l’initiation d’un traitement avec l’omalizumab, la 4e ligne de traitement consiste à traiter avec la ciclosporine, un agent immunosupresseur, et ce, toujours en ajout aux antihistaminiques. À noter qu’une corticothérapie de courte durée est autorisée pour prendre en charge les exacerbations sévères.[1]

En suivant cet algorithme de traitement graduel, la grande majorité des patients souffrant d’une UCS trouveront une option thérapeutique appropriée qui leur permettra de regagner le contrôle sur leur maladie et sur leur vie. [1]

À tout moment au cours du traitement, le médecin traitant s’assurera de mesurer l’impact du traitement sur le contrôle de la maladie. Le plus fréquemment, ceci sera évalué par l’utilisation d’un questionnaire appelé le UAS7 pour ‘Urticaria Activity Score over 7 days’. [1]

Le score UAS évalue la gravité des symptômes principaux de l’urticaire, soit les plaques d’urticaire et le prurit, et il se mesure une fois par jour. La gravité des plaques d’urticaire et du prurit sont évaluées quotidiennement sur une échelle de 0 à 3, comme suit :

En combinant le score de la gravité des plaques et du prurit, on obtient le score UAS qui peut se situer entre 0 et 6. Le score UAS est fréquemment analysé sous la forme d’un score hebdomadaire (UAS7) qui représente la somme des scores UAS obtenus au cours des sept derniers jours et qui peut aller de 0 à 42.[1]  Le score UAS est validé pour l’UCS et est souvent utilisé dans les études cliniques.



1. Zuberbier, T., et al., The EAACI/GA(2)LEN/EDF/WAO guideline for the definition, classification, diagnosis and management of urticaria. Allergy, 2018. 73(7): p. 1393-1414. 2. Maurer, M., et al., Unmet clinical needs in chronic spontaneous urticaria. A GA(2)LEN task force report. Allergy, 2011. 66(3): p. 317-30. 3. Ozkan, M., et al., Psychiatric morbidity and quality of life in patients with chronic idiopathic urticaria. Ann Allergy Asthma Immunol, 2007. 99(1): p. 29-33. 4. Yang, H.Y., et al., Stress, insomnia, and chronic idiopathic urticaria–a case-control study. J Formos Med Assoc, 2005. 104(4): p. 254-63. 5. O’Donnell, B.F., et al., The impact of chronic urticaria on the quality of life. Br J Dermatol, 1997. 136(2): p. 197-201. 6. Grob, J.J., et al., Comparative study of the impact of chronic urticaria, psoriasis and atopic dermatitis on the quality of life. Br J Dermatol, 2005. 152(2): p. 289-95. 7. Powell, R.J., et al., BSACI guideline for the management of chronic urticaria and angioedema. Clinical & Experimental Allergy, 2015. 45(3): p. 547-565. 8. Ben-Shoshan, M. and C.E. Grattan, Management of Pediatric Urticaria with Review of the Literature on Chronic Spontaneous Urticaria in Children. J Allergy Clin Immunol Pract, 2018. 6(4): p. 1152-1161. 9. Cornillier, H., et al., Chronic spontaneous urticaria in children – a systematic review on interventions and comorbidities. Pediatr Allergy Immunol, 2018. 29(3): p. 303-310. 10. Huston, D.P. and V. Sabato, Decoding the Enigma of Urticaria and Angioedema. J Allergy Clin Immunol Pract, 2018. 6(4): p. 1171-1175.

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